Fabliau
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Dans la littérature française du Moyen Âge, un fabliau (du picard, lui-même issu du latin fabula qui donna en français « fable », signifie littéralement « petit récit ») est une petite histoire simple et amusante, définie par Joseph Bédier comme « un conte à rire en vers ». Sa vocation est de distraire ou faire rire les auditeurs et lecteurs, mais il peut prétendre offrir une leçon morale, parfois ambiguë.
Contents
• Histoire
• Lectures
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Définition
Même s'il comporte une visée morale, celle-ci n'est souvent qu'un prétexte. Les fabliaux visent la plupart du temps surtout à faire rire. Pour cela, ils recourent à plusieurs formes de comiques :
• comique de gestes : coups de bâton, chutes…
• comique de situation : le trompeur trompé, renversement de rôles maître-valet, mari-femme…
• comique de caractère : crédulité, hypocrisie, gloutonnerie…
Histoire
Au début du XXe siècle, le philologue français Joseph Bédier estimait à près de 150 ces récits écrits entre 1159 et 1340, en majorité dans les provinces du nord-Picardie, Artois et Flandre. Une partie de leurs sujets appartient au patrimoine de tous les pays, de tous les peuples et de toutes les époques ; certains sujets sont apparus spécifiquement en Inde ou en Grèce; mais la plus grande quantité de ces fabliaux est née en France, ce que prouvent soit les particularités des mœurs décrites, soit la langue, soit les indications de noms historiques ou encore d'événements.
Les auteurs en sont des clercs menant une vie errante, clercs gyrovagues ou clercs goliards, des jongleurs, parfois des poètes ayant composé d'autres façons, des poètes-amateurs appartenant à des ordres différents du clergé. Dès lors, bon nombre de fabliaux sont anonymes et, si nous connaissons certains auteurs par leur nom, c'est là que se limite notre science. Les plus connus sont Rutebeuf, Philippe de Beaumanoir, Henri d'Andeli, Huon le Roi, Gautier le Leu, Jean Bodel.
Le public auquel s'adressaient les auteurs des fabliaux appartenait surtout à la bourgeoisie (même si parfois ces fabliaux pénétraient la haute société). C'est pourquoi leur conception du monde reflète majoritairement l'esprit de la bourgeoisie. Dans la forme des fabliaux on ne trouvera ni perfection, ni variété : la versification est monotone avec ses vers octosyllabiques disposés par deux (ou encore disposés de la manière la plus simple), les rimes sont plates et souvent incorrectes et le style tend vers la négligence voire la grossièreté. Ce qui caractérise le récit c'est la concision, la rapidité, la sécheresse, et l'absence de tout pittoresque. Pour donner aux fabliaux une certaine dignité littéraire on ne trouve que la rapidité dans l'action et la vivacité des dialogues.
Lectures
Satire et morale
Les fabliaux poussent souvent la grossièreté jusqu'au cynisme et à l'obscénité. Dans leur grande majorité, les sujets se réduisent à représenter des aventures amoureuses chez des femmes de la bourgeoisie ou du monde rural avec des curés de campagne ou des moines gyrovagues. La plupart du temps, c'est le mari qui est le dindon de la farce mais il arrive que ce soit le curé, dont il se venge. On ne dédaigne pas de nous décrire des ruses visant à se procurer tel ou tel bien, même chez des voleurs (Trois Larrons), ou plus noblement avec Le Vilain qui conquit paradis par plait.
Passent devant nous, représentés le plus souvent de façon comique, des représentants des diverses classes sociales, à majorité des prêtres, mais aussi des vilains et des bourgeois, alors que rares sont les personnages qui proviennent du monde des chevaliers et des puissants. Quelques fabliaux viennent à mettre en scène le sacré, voire les apôtres et Dieu lui-même, sans que ces personnages, traités sur un mode familier et comique, aient droit à un respect particulier (Saint Pierre et le Jongleur, Les Quatre Souhaits saint Martin etc.). En revanche, un fond de morale chrétienne dénué de toute référence au culte les imprègne parfois (Merlin Merlot, La couverture, L'ange et l'ermite).
D'un autre côté, face à la puissance grossière de l'argent, on proclame pour la première fois le principe que la ruse ou l'esprit constituent une vraie force (miex fait l'engein que ne fait force). Plusieurs auteurs enfin jouent le rôle de défenseurs des vilains opprimés en critiquant leurs oppresseurs (chevaliers, membres du clergé et fonctionnaires royaux) en faisant valoir les droits de la personne humaine et en condamnant les préjugés de caste (Constant du Hamel).
Ces caractéristiques font des auteurs de fabliaux, en plus des auteurs du Roman de la Rose (Guillaume de Lorris & Jean de Meung ou Meun) et du Roman de Renart (pour beaucoup anonymes), les précurseurs de la Renaissance. Certains fabliaux, comme Le vair palefroi de Huon le Roi et La Bourse pleine de sens de Jean le Galois, défendent énergiquement la femme contre ceux qui la critiquent. On peut expliquer cette attitude peut-être par les relations qu'avaient ces auteurs avec la chevalerie et son culte de la féminité.
Les sujets de plusieurs fabliaux inspirèrent par la suite Boccace et son Décaméron, qui sut introduire l’art dans l’exposition et l’élégance dans le style. Les fabliaux devaient influencer La Fontaine dans ses Contes et Balzac dans ses Contes drôlatiques. Le fabliau Le Vilain mire, a fourni à Molière le sujet du Médecin malgré lui.
Exemples de fabliaux
• Le Conte de Richeut
• Le larron qui embrassa un rayon de lune
• Le paysan de Bailleul, par Jean Bodelcite-ref-1[1]
• Haimet et Barat, par Jean Bodelcite-ref-2[2]
• Baillet le savetier ou le prêtre au lardiercite-ref-3[3]
• Le boucher d'Abbeville, par Eustache d'Amienscite-ref-4[4]
• Le prêtre et le loupcite-ref-5[5]
• Le Curé qui mangea des mûres lire en ligne sur Gallica
• La Vieille qui graissa la patte au chevalier lire en ligne sur Gallica
• Frère Denise lire en ligne sur Gallica
• Les Perdrixcite-ref-7[7]
• La mal(l)e Honte, par Huon de Cambraicite-ref-8[8]
• Le prêtre crucifiécite-ref-duf-9-0[9]
• Le Vilain mirecite-ref-10[10] (texte disponible sur Wikisource)
• Le Vilain devenu médecin
• Le prêtre teint, par Gautier Le Leucite-ref-11[11]
• Le moine sacristaincite-ref-12[12]
• Boivin de Provins, par Boivincite-ref-13[13]
• Estormi, par Huon Piaucelecite-ref-14[14]
• Les tressescite-ref-duf-9-1[9]
• Le Tombeur Notre-Dame de Gautier de Coincycite-ref-15[15]
• La Housse partiecite-ref-16[16]
• Les Trois Aveugles de Compiègne, par Courtebarbecite-ref-17[17]
• La dame qui fit trois fois le tour de l'église, par Rutebeufcite-ref-18[18]
• Le Chevalier qui fit les cons parlercite-ref-19[19] (traduction de Jean-Max Sabatier)
• Merlin Merlot ou Du vilain qui devient riche et puis pauvrecite-ref-20[20]
• L'Ange et l'Ermitecite-ref-21[21]
• Le Chevalier au barizelcite-ref-22[22]
• Li sohaiz desvez (Le souhait réprimé) par Jean Bodelcite-ref-23[23]
• La Demoiselle qui ne pouvait pas entendre parler de foutrecite-ref-24[24]
• De Gombert et les deus clers, de Jean Bodelcite-ref-26[26]
• Les Trois Bossuscite-ref-27[27]
• Le prêtre qui eut une mère malgré lui lire en ligne sur Gallica
• Le Prudhomme qui sauva son compèrecite-ref-28[28]
• Le Cupide et l'Envieux de Jean Bodelcite-ref-30[30]
• Du jongleur qui alla en enfer lire en ligne sur Gallica
• Du vilain qui conquit le paradis par plaid lire en ligne sur Gallica
• De l'enfant qui fut remis au soleil
Études critiques
Marcel Laurent et Réné Bouscayrol ont étudié le thème des Perdrix dans un ouvrage qui a obtenu 3 prix littéraires. Les Perdrix d'Amable Faucon traite les variantes de trois textes: de l'auteur médiéval, de l'abbé Grécourt, du poète riomois Amable Faucon. Un article paru dans Les Amitiés Riomoises & Auvergnates (no 11 octobre 1897) aborde un quatrième texte, du cantalien Arsène Vermenouze.
Sources de l'article russophone
• A. de Montaiglon et G. Raynaud, Recueil général et complet des fabliaux des XIIIe et XIVe siècles. Paris. Librairie des Bibliophiles. 1872-1890. 6 tomes,
• Joseph Bédier. Les Fabliaux. Étude de littérature populaire et d'histoire littéraire du Moyen Âge. Quatrième édition, revue et corrigée. Paris, H. Champion, 1925.
Notes et références
cite-note-duf-99. Dufournet, p. 163
cite-note-1010. ↑ Laurent Michard, Textes et littérature : Moyen Âge, Bordas, 1966, p. 105
cite-note-1515. ↑ Vierge et merveille : les miracles de Notre Dame narratifs au Moyen Âge, éd. et trad. Pierre Kunstmann, Paris, Union générale d'éditions (10/18. Bibliothèque médiévale, 1424), 1981
cite-note-1616. ↑ Les Fabliaux du Moyen Âge, choix de douze fabliaux adaptés par Pol Gaillard et Françoise Rachmuhl, Paris, Hatier, « Classiques Hatier. Œuvres et thèmes », no 6), 1999, p. 86-90
cite-note-1919. ↑ Le Chevalier paillard, quinze fabliaux libertins de chevalerie traduits de l'ancien français, présentés et annotés par Jean-Luc Leclanche, Arles, Actes Sud, « Babel », no 894, 2008, p. 24-61
cite-note-2020. ↑ Fabliaux et contes de Moyen Âge, éd Classiques illustrés Hatier, 1968
cite-note-2121. ↑ "Ci nous dit" : recueil d'exemples moraux, publié par Gérard Blangez, A. et J. Picard, 1979
cite-note-2222. ↑ Osmond Thomas Robert, Nouvelle anthologie française, Harcourt, Brace and Company, 1943, p. 54
cite-note-2424. ↑ Fabliaux érotiques, édition critique, traduction, introduction et notes par Luciano Rossi avec la collaboration de Richard Straub, Librairie Générale Française, 1992
cite-note-2727. ↑ Fabliaux et contes moraux du Moyen Âge, hoix, traduction, commentaires et notes de Jean-Claude Aubailly, Librairie générale française (Livre de poche, no 4274), 1987,p. 99-106
cite-note-2828. ↑ Fabliaux, trad. Gilbert Rouger, Collection Folio Classique, Gallimard, 1999, p. 226
cite-note-3030. ↑ Fabliaux et contes moraux du Moyen Âge, choix, traduction, commentaires et notes de Jean-Claude Aubailly, Librairie générale française (Livre de poche, no 4274), 1987, p. 9-11
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
• dufournetJean Dufournet, Fabliaux du Moyen Âge, Paris, Flammarion, 1998, 410 p. (ISBN 2-08-070972-0)
• Bertrand Louet, Hélène Maggiori-Kalnin (éd.), Estula et autres fabliaux, Hatier, 2011, (ISBN 9782218939754), coll. Classiques & Cie College, 95 p.
• (en) Anne Elizabeth Cobby, The Old French fabliaux : an analytical bibliography, Tamesis, Woodbridge, 2009, 220 p. (ISBN 978-1-85566-185-1)
• Willem Noomen et Nico Van Den Boogaard, Nouveau recueil complet des fabliaux (NRCF), Van Gorcum, Assen, 1983-1998, 10 vol. (ISBN 90-232-1991-0) (éd. complète)
• Collectif, « Lire en contexte : enquête sur les manuscrits de fabliaux », Études françaises, numéro préparé par Olivier Collet, Francis Gingras et Richard Trachsler, vol. 48, n° 3, 2012, 186 p. (http://revue-etudesfrancaises.umontreal.ca/volume-48-numero-3/).
• gingras2023francis-gingras2023Francis Gingras, « Créance et fiction. Essor du discours économique et développement des formes narratives au Moyen Âge », Études françaises, vol. 59, no 1, 2023, p. 21-55 (lire en ligne)
Liens externes
• Ressource relative à la littérature : Archives de littérature du Moyen Âge
• Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Britannica Internetowa encyklopedia PWN Store norske leksikon Treccani Universalis
• Notices d'autorité : GND Tchéquie
• Peter Vandendriessche, « La transmission du savoir dans les fabliaux français au Moyen Âge. La voie / voix implicite », Scribd
• Recueil général et complet des fabliaux des XIIIe et XIVe siècles par Anatole de Montaiglon et Gaston Raynaud (1872) dans l'Internet Archive: tomes 1, 2, 3, 4, 5 et 6.
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